Je fais une pause
Newsletter #264
Bonjour à tous,
Dernière édition de La Pausa avant la trêve estivale. Il est temps de faire une longue pause, de souffler et de revenir la tête remplie de bonnes idées, les yeux conquis par la beauté et les nouvelles découvertes.
Une fois n’est pas coutume, je vous laisse avec un peu plus de divertissement qu’à l’ordinaire : le dernier épisode d’Argent Conté avant l’été, quatre lectures pour les vacances et deux recettes pour les belles tablées - cela faisait longtemps.
Bonne lecture !
Partir vivre ailleurs : et le patrimoine dans tout ça ?
Si, vous aussi, chaque départ à l’étranger vous donne envie de vous y installer ou d’investir sur place (levez la main si vous vous arrêtez devant chaque vitrine d’agence immobilière ; ici, c’est devenu une maladie familiale), je vous invite vivement à écouter le dernier épisode d’Argent Conté, que j’ai enregistré in extremis cette semaine avec mon accolyte Alexia Arno et Maître Gersende Rouet.
Nous y faisons le tour des questions de transmission et de gestion d’un patrimoine à l’étranger : les éléments à anticiper, la fiscalité selon le pays d’expatriation, les nationalités des membres de la famille, le lieu de résidence des héritiers ou encore la localisation des actifs.
S’il ne fallait retenir qu’une chose de cet échange, ce serait celle-ci : il est parfois possible de choisir la loi de l’une de ses nationalités pour organiser sa succession, mais ce choix ne détermine jamais la fiscalité applicable.
Quatre livres à glisser dans la valise que j’ai lu cette semaine
Enfin, « cette semaine »… disons plutôt ces dix derniers jours.
Les Trafiquants d’éternité, tomes 1 et 2 - Amélie de Bourbon Parme
Dans les deux premiers tomes de cette saga, L’Ambition et L’Ascension, Amélie de Bourbon Parme raconte la jeunesse puis l’irrésistible ascension d’Alessandro Farnèse, issu d’une famille de petits seigneurs du Latium et devenu pape en 1534 sous le nom de Paul III. L’Italie est alors morcelée en une multitude d’États, prise entre les ambitions du royaume de France, celles de l’Empire de Charles Quint et les équilibres fragiles du pouvoir pontifical.
À mi-chemin entre roman historique et biographie, l’ensemble est vivant, très documenté et particulièrement éclairant sur cette période de l’histoire européenne : le jaillissement de la Renaissance, le sac de Rome de 1527, les jeux d’alliance et la reprise en main de l’Église catholique. J’ai dévoré les deux tomes et beaucoup appris.
Ma réserve : à force de vouloir rendre Alessandro Farnèse attachant, l’autrice en fait parfois un personnage un peu trop sage, lucide et moderne au milieu d’un monde de médiocrité et d’outrance. On finit par se demander s’il avait des défauts. Cela n’enlève rien au plaisir de lecture, mais donne par moments au portrait un léger parfum d’hagiographie.
Et tes parents, ils font quoi ? Enquête sur les transfuges de classe et leurs parents - Adrien Naselli
On raconte volontiers les transfuges de classe comme les héros de la méritocratie : celles et ceux qui se sont arrachés à leur milieu d’origine et ont déjoué les déterminismes sociaux. Adrien Naselli, fils d’une secrétaire et d’un conducteur de bus devenu élève de l’ENS, déplace le regard vers les parents restés de l’autre côté du récit.
À travers leurs témoignages, il raconte ce que l’ascension sociale d’un enfant produit dans une famille : de la fierté, bien sûr, mais aussi de l’incompréhension, de la distance, parfois une forme de dépossession. Il donne la parole à ceux sans qui « rien de tout cela n’aurait été possible », mais que le conte de fées républicain laisse généralement hors champ.
C’est un livre tendre, terrible par moments, et très juste sur les promesses de notre modèle social comme sur son hypocrisie. L’enquête se lit presque comme un roman. J’ai adoré.
Tante Alice enquête : Le bonheur est dans le crime - Ali Rebeihi
J’ai une affection particulière pour les admirateurs d’Agatha Christie et une admiration sans bornes pour ceux qui osent se lancer dans le cosy crime, grande spécialité de la reine du genre. Ali Rebeihi (que l’on retrouve d’ailleurs parmi les témoins du livre d’Adrien Naselli cité juste au-dessus) signe ici son premier roman.
Professeure de droit pénal à la retraite, Alice Bonneville vit avec son neveu dans un village proche de Fontainebleau. Elle n’a rien perdu de son goût pour les crimes, presque aussi prononcé que sa passion pour les pâtisseries. Lorsqu’un auteur de best-sellers est assassiné dans le voisinage, elle fait parler ses amis, ses voisines et les membres de son club de lecture pour mener sa propre enquête.
Un peu de poison indétectable dans votre Earl Grey ? Si Miss Marple vous manque, Tante Alice devrait vous plaire. Le livre ne révolutionne pas le genre, mais il en maîtrise parfaitement les plaisirs : une atmosphère délicieusement anglaise transposée en Seine-et-Marne, une héroïne attachante et juste ce qu’il faut de questions, de revolver et de vieilles dentelles. Facile, distrayant et bien écrit.
Yesteryear - Caro Claire Burke
Celui-ci m’a tenue éveillée presque toute une nuit : j’avais un besoin quasi physique de le terminer. Natalie est une influenceuse « tradwife » aux huit millions d’abonnés, qui commercialise une existence familiale délicieusement rustique, largement fabriquée et soutenue par des nounous, une équipe de production et une fortune familiale. Jusqu’au jour où elle se réveille en 1855 et doit réellement vivre la vie de pionnière qu’elle vendait sur Instagram.
Le point de départ est brillant et le roman fonctionne remarquablement bien comme page-turner. Mais, derrière la satire des tradwives, Caro Claire Burke raconte surtout la mise en scène permanente de la féminité, de la maternité et de la réussite. Elle a aussi l’intelligence de ne pas épargner le modèle opposé : celui des femmes modernes sommées de réussir simultanément leur carrière, leur couple et leur vie de mère.
Tout n’est pas subtil (le dernier tiers devient franchement excessif et parfois peu crédible), mais le livre est drôle, féroce et très difficile à lâcher. Je ne suis manifestement pas la seule à l’avoir dévoré : ce premier roman s’est hissé en tête de la liste des best-sellers du New York Times et ses droits ont déjà été acquis pour une adaptation au cinéma, avec Anne Hathaway annoncée à la production et dans le rôle principal.
En vacances, la charge mentale ne prend pas de congés
Un sujet de Time to Sign Off cette semaine a fait tiquer mon mari ; moi, il m’a beaucoup fait rire… L’Ifop a réalisé une étude très sérieuse sur « les couples et la charge mentale durant l’été ». Accrochez-vous à votre tente Quechua. 48 % des Françaises se chargent seules du choix de l’hébergement, contre 26 % des hommes. Une fois la location choisie et réservée, pas question de se reposer : il reste les valises des enfants, une tâche féminisée à 78 %. Puis, une fois sur place, direction la cuisine : 54 % des femmes préparent les repas en vacances, contre 24 % des hommes. Et surtout, attention à la caution, il faut rendre la maison impeccable : 53 % des femmes assument personnellement le ménage et l’entretien du lieu de villégiature, contre 15 % des hommes. Vivement la rentrée !
Sans doute mon mari s’est-il senti injustement visé parce que, chez nous, c’est lui qui choisit les hébergements et gère les transports. En revanche, dès qu’il s’agit des repas, je suis la première à m’imposer une charge mentale assez spectaculaire, liée à mon incapacité à sauter un repas et, surtout, à mal manger.
L’été est donc très souvent synonyme de préparations culinaires frénétiques et devient le laboratoire de mes meilleures idées. À ce stade du mois de juillet, je peux déjà vous partager les deux recettes qui vont faire mon été.
Les nouilles glacées
Le principe est très simple et se prête à toutes les improvisations de vacances. Pour la sauce, mélangez une belle cuillère à soupe de purée d’oléagineux par personne (cacahuète, amande, tahini ou ce que vous avez sous la main) avec un peu d’huile de sésame, de sauce soja, une pointe de vinaigre de riz et du piment, en flocons ou en huile. Ajoutez un peu d’eau froide pour obtenir une texture souple et crémeuse.
Faites cuire les nouilles de votre choix (soba, nouilles de riz, udon…), puis refroidissez-les sous un filet d’eau fraîche. Déposez la sauce au fond de chaque assiette, ajoutez les nouilles et disposez tout autour des légumes taillés en julienne fine : carotte, concombre, radis, chou-rave, herbes fraîches… Allez-y les yeux fermés, c’est un délice. J’en fais aussi parfois une version à l’eau de tomate, qui est l’une de mes choses préférées sur terre. Vous trouverez ici une vidéo très chic qui en explique le processus bien mieux que moi.
Les bouchées de poulet à la citronnelle
Hachez ensemble 600 g de blancs de poulet, un bâton de citronnelle très finement émincé, un morceau de gingembre, une gousse d’ail, un petit oignon et toutes les herbes fraîches que vous avez sous la main. Ajoutez deux belles cuillères à soupe de ricotta pour le moelleux, salez, poivrez, puis formez des bouchées.
Faites-les cuire au four à 200 °C pendant 15 à 20 minutes environ, en les retournant à mi-cuisson. Le temps exact dépend de leur taille : elles doivent être bien cuites à cœur sans se dessécher. À mon avis, elles sont encore meilleures à la plancha, bien grillées sur toutes leurs faces. Servez-les avec une sauce blanche et verte.
Ce jour-là, j’avais du cottage cheese à écouler, de l’estragon, des cébettes, de l’aneth, une gousse d’ail et un piment vert. J’ai mixé le tout avec un peu de sel et d’huile d’olive : c’était divin (sans rire).
Je vous souhaite de vous régaler et de passer un très bel été !
Prenez soin de vous,
Caroline Lamaud Dupont






