Bonjour à tous,
L’opportunité de la semaine : la pierre, sans les clés
On peut aimer l’immobilier sans rêver de passer ses samedis à organiser des visites ou à comparer des devis de chaudière. Je trouve même assez sain de faire la distinction : avoir envie de se constituer un patrimoine n’implique pas forcément d’avoir envie d’un bien de plus à gérer. Nos vies sont déjà bien remplies ; il n’est pas indispensable que chacun de nos investissements nous donne du travail supplémentaire.
C’est dans ces moments-là que la « pierre-papier » mérite qu’on s’y attarde. Derrière les quatre lettres un peu administratives de SCPI, il y a une idée très concrète (pour ceux qui savent déjà, passez au paragraphe suivant ; pour les autres, ça mérite qu’on replace les bases) : investir à plusieurs dans un patrimoine immobilier, dont une société de gestion assure la sélection des biens et la gestion quotidienne, en contrepartie de frais. On achète des parts, plutôt qu’un appartement. Et l’on peut ainsi accéder, avec une mise de départ généralement plus accessible qu’un achat en direct, à plusieurs immeubles et locataires, éventuellement dans différentes régions ou différents pays, selon la stratégie choisie.
Mais je me méfie des présentations qui voudraient faire passer la pierre-papier pour de l’immobilier débarrassé de tous ses inconvénients. Déléguer la gestion ne fait pas disparaître le risque. Le capital et les revenus ne sont pas garantis, et la revente des parts peut être longue. C’est un investissement qui se pense sur le long terme, pas une réserve dans laquelle puiser pour financer les projets des prochains mois. Anaxago
Alors, avant de s’arrêter sur un rendement affiché, avec Anaxago, pour sélectionner nos SCPI, on regarde toujours d’abord ce qu’il y a derrière : quels immeubles, à quels endroits, loués à qui, gérés par quelle équipe et avec quels frais ? Et, surtout, quelle place cet investissement aurait-il dans un patrimoine déjà constitué ou encore en construction ? Des questions moins spectaculaires qu’un pourcentage en gros caractères, mais beaucoup plus intéressantes pour choisir où mettre son argent. Le résultat, ce sont cinq SCPI parmi la centaine de disponibles sur le marché, celles que nous avons jugées pertinentes dans la construction d’un placement pierre-papier.
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Les femmes étaient déjà là
Je vous avais promis de revenir sur Economica. Mercredi matin, j’ai rencontré son auteure, l’économiste britannique Victoria Bateman, lors d’un petit déjeuner organisé par les fondatrices de Voxe. Un moment absolument extraordinaire, qui m’a donné envie de vous en reparler avec un peu plus d’insistance. Il y a des livres que l’on recommande parce qu’on les a aimés, et d’autres parce qu’on aimerait que leur contenu entre dans notre culture commune. Celui-ci appartient aux deux catégories.
Historienne de l’économie, ayant enseigné à Oxford et à Cambridge, Victoria Bateman rassemble dans ce livre vingt années de recherche, d’écriture et d’enseignement. Son ambition : remettre les femmes et leur contribution à la richesse du monde au cœur de l’histoire économique. Avec une question qui me semble essentielle : comment prendre pleinement au sérieux le travail féminin, que l’on soit un homme ou une femme, si l’on s’imagine que tout a commencé pendant les guerres mondiales, lorsqu’il a fallu remplacer les hommes partis au front ? Comme si, avant cela, les femmes n’avaient rien produit, rien vendu, rien financé. Elles n’étaient pas absentes de l’économie. Elles ont été largement effacées du récit que nous en faisons.
Et Victoria Bateman nous les présente. À Pompéi, Julia Felix développait ses affaires immobilières. Au XVIIIe siècle, Mary Vinson, ramoneuse, avait une réputation suffisamment solide pour devoir prévenir ses clients, sur sa carte de visite, que des personnes se faisaient passer pour elle.
Des femmes qui entreprennent, possèdent, négocient, font fortune ; mais aussi celles dont le travail, moins spectaculaire, fait vivre une famille et tourner une économie. Ce livre ne se lit pas comme un roman, mais comme une succession d’histoires et d’anecdotes qui donnent constamment envie d’interrompre quelqu’un pour lui raconter ce que l’on vient de découvrir. C’est érudit, vivant, et surtout très bien écrit. On ne devrait pas s’en étonner autant, mais un livre d’économie dont on savoure aussi les phrases, cela mérite d’être signalé.
J’ai aussi été particulièrement intéressée par son combat contre ce qu’elle appelle le « culte de la modestie féminine ». Il ne s’agit pas, chez elle, de condamner l’humilité : elle désigne cette idée selon laquelle la respectabilité d’une femme dépendrait de sa pudeur, de sa tenue ou de sa vie sexuelle. Dans ses travaux, elle montre comment, sous couvert de protéger les femmes, on a limité leur liberté de mouvement, leurs possibilités de travailler et leur indépendance. Pour elle, la liberté économique ne se sépare pas de la liberté de disposer de son corps. Une manière de relier des sujets que l’on range encore trop souvent dans des conversations différentes.
Enfin, je voudrais saluer Point Nemo, cette toute jeune maison d’édition lancée en 2025, qui a fait le pari de publier ce livre en français. La traduction, signée Sylvie Deraime et Valentine Palfrey, est remarquable : fluide, précise, jamais pesante. Et puisqu’il est question de rendre aux femmes leur contribution, autant ne pas oublier de nommer celles qui nous permettent de lire ce texte avec autant de plaisir.
Ce que je trouve si important, au fond, c’est ce déplacement du regard. Ne plus considérer chaque entrepreneuse comme une exception, chaque réussite féminine comme une heureuse nouveauté. Découvrir celles qui nous ont précédées, ce qu’elles ont construit, et ce que nous leur devons. Nous ne sommes pas les invitées de dernière minute de l’économie mondiale. Il était temps de nous raconter aussi cette histoire-là.
Retourner en cours, pour le plaisir
J’aurais volontiers repris le chemin d’un amphithéâtre cet automne. Pas pour donner un cours, cette fois, mais pour m’asseoir, ouvrir un carnet et apprendre. Le Grand Continent lance un cycle d’introduction à la géopolitique à l’École normale supérieure, rue d’Ulm, avec l’historien Florian Louis : huit séances, du 15 octobre au 3 décembre, le jeudi de 19 h 30 à 21 h. Billetweb
Agrégé d’histoire, docteur de l’EHESS, Florian Louis a enseigné pendant dix ans en classes préparatoires. Il est notamment l’auteur de Qu’est-ce que la géopolitique ? et de De la géopolitique en Amérique, publiés aux PUF. Mais, au-delà du parcours, c’est l’objet de ses recherches que je trouve particulièrement intéressant : il étudie aussi l’histoire des idées avec lesquelles les puissances regardent le monde. Comment une carte peut-elle devenir un instrument politique ? Comment une théorie passe-t-elle d’un pays à l’autre, jusqu’à être reprise par ceux qui combattaient ses premiers défenseurs ? Ce sont notamment ces circulations, entre l’Allemagne et les États-Unis, qu’il a explorées dans ses travaux. Comprendre ce qui se passe, mais aussi les raisonnements qui conduisent à agir : voilà qui donne envie de reprendre des notes.
L’ambition du cycle est précisément de nous donner des bases pour mieux nous orienter, en croisant les concepts et les situations concrètes. Et je trouve l’idée particulièrement désirable : ne pas simplement suivre l’actualité, mais prendre le temps de comprendre ce qui se joue derrière. Pouvoir s’arrêter sur une question, revenir sur ce que l’on croyait savoir, accepter de ne pas avoir un avis dans la minute. Retrouver aussi le plaisir d’apprendre quelque chose sans avoir immédiatement à en faire quelque chose.
Évidemment, entre le travail, les enfants, les cours que je donne à l’EFAP cet automne et mon prochain week-end derrière les fourneaux pour quinze personnes en novembre, il a fallu admettre que cette excellente idée ne rentrerait pas dans mon agenda. Les séances sont pourtant accessibles à distance, avec un replay envoyé le lendemain. Je vous le précise, car cela lèvera peut-être un obstacle pour certains d’entre vous. De mon côté, même les replays commencent à avoir besoin d’un créneau dans l’agenda.
Je vous passe donc cette dernière tentation de ma semaine, avec une petite pointe de jalousie : ceux qui iront me raconteront.
L’automne, à feu doux
Je viens d’une région où les plats roboratifs et réconfortants sont presque une religion. J’en ai hérité le goût, mais assez peu le savoir-faire : je n’ai jamais vraiment appris à cuisiner ce répertoire, et mon mari ne lui vouant pas tout à fait le même culte, les occasions de m’y mettre sont restées relativement rares. Il y a pourtant, chaque automne, un moment où l’envie revient. Je regarde ma cocotte en fonte avec un regain de tendresse et je me prends à rêver d’une cuisine qui sent bon pendant des heures, d’un couvercle que l’on soulève pour voir où cela en est, alors qu’on sait très bien qu’il faut encore attendre.
S’il ne devait rester qu’un seul plat en sauce, pour moi, ce serait celui-ci : ces paccheri au ragù d’épaule de porc et au chèvre crémeux sont une merveille. L’épaule de porc est d’abord braisée avec du vin blanc, du romarin et de la sauge, puis effilochée et mijotée dans une sauce à la tomate, parfumée notamment de graines de fenouil. Elle vient garnir de grosses pâtes, avec, au dernier moment, une cuillerée de chèvre crémeux qui apporte sa fraîcheur à l’ensemble. Rien qu’en vous l’écrivant, j’ai envie de remettre mon tablier.
Je préfère vous prévenir : c’est long, et même un peu fastidieux. Ce n’est pas une de ces recettes dont on vous promet qu’elles se feront presque toutes seules pendant que vous prendrez un bain. Il y a plusieurs étapes, de la vaisselle et quelques moments où l’on se demande pourquoi l’on n’a pas simplement prévu des pâtes au beurre. Mais je n’ai jamais rien cuisiné d’aussi savoureux. Vraiment. Ce plat m’avait même valu une petite tape dans le dos du chef de Racines, à Paris. Je conserve ce souvenir avec une modestie toute relative.
Ce que j’aime aussi, c’est que le plaisir commence bien avant de passer à table. On goûte la sauce, on y revient, on cherche quelqu’un dans la maison à qui tendre la cuillère en disant : « Goûte-moi ça. » Et toute cette préparation, qui paraissait interminable une heure plus tôt, prend son sens lorsque les assiettes sont servies et que chacun se penche un peu sur la sienne.
Il y a des jours où cuisiner est une tâche de plus. Et puis il y a ceux où l’on choisit d’y consacrer du temps, simplement parce que l’on a envie de bien manger et de faire plaisir. J’aime que l’automne me redonne cette envie-là. On ressort la cocotte, on rapproche les chaises, on se ressert un peu. Le café peut attendre.
Je vous souhaite un très beau dimanche, une maison qui sent bon et un déjeuner que personne ne soit pressé de quitter.
Prenez soin de vous,
Caroline
Les images qui illustrent cette newsletter sont celles de la Suite Voltaire, nichée au dernier étage du Château Voltaire, rue Saint-Roch, à Paris. Imaginé par Thierry Gillier, le fondateur de Zadig & Voltaire, cet hôtel réunit trois immeubles historiques. Aux commandes des intérieurs, Charlotte de Tonnac et Hugo Sauzay, le duo de Festen (encore eux!), sous la direction artistique de Franck Durand. Tout en haut, la suite a des airs d’appartement privé, avec sa salle à manger pour recevoir et sa terrasse végétalisée par le paysagiste Louis Benech. Un petit jardin au-dessus de la ville, où figuier, pommier et cassissier voisinent avec des fleurs odorantes, face aux toits de Paris.J’aime cette idée d’un hôtel qui ressemble moins à un endroit où passer qu’à une maison où l’on voudrait rester. Rien qu’à regarder ces images, on a envie de poser ses livres, de commander un thé et de laisser l’après-midi prendre ses aises. Je me verrais assez bien y avancer dans Economica, avec beaucoup de bonnes intentions concernant les musées alentour, et une détermination nettement plus relative au moment de quitter le fauteuil.
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